Si un groupe d’êtres humains devait s’opposer à une bande de singes à main nue, qui gagnerait ? se demande le neurobiologiste Mark Changizi dans un article du Huffington Post.
A première vue, les humains sont physiquement plus faibles, mais ils
pourraient sans doute gagner le combat grâce au langage qui leur
permettrait de communiquer. Or c’est justement là qu’est le problème,
souligne Changizi : qu’est-ce que le langage au juste ? S’agit-il d’une
aptitude innée, élaborée au fil des millénaires par la sélection
naturelle ? Et dans ce cas les humains auraient-ils le droit de
l’utiliser dans ce combat « à main nue » ? S’il s’agit d’une acquisition
culturelle, autrement dit d’une technologie, alors son usage ne
devrait-il pas être exclu du combat ? !
Pour Changizi, le langage est une démonstration de sa théorie du harnessing.
Notre aptitude à nous exprimer ne serait pas le produit d’une évolution
de notre cerveau, mais au contraire le résultat de la capacité de la
culture à s’adapter à nos fonctions biologiques. Le langage serait né de
notre aptitude à percevoir les sons de la nature et à les imiter. Pas
besoin, donc, d’imaginer avoir besoin de « coder » celui-ci directement
dans notre génome.
La théorie de Changizi n’est pas la seule à donner une origine
culturelle au langage. Aujourd’hui, les théories de Chomsky sur un
fondement purement génétique au langage sont de plus en plus contestées.
Qu’il y ait un soubassement biologique à notre capacité à nous
exprimer, c’est assez peu douteux : les aires de Broca et de Wernicke,
dans notre cerveau, sont spécifiquement liées à l’usage et à la
compréhension de la parole. Mais jusqu’où va ce déterminisme
biologique ? La grammaire universelle va bien plus loin que cette simple
constatation anatomique. Ce n’est pas seulement la capacité au langage
qui serait « câblée », mais bel et bien cette grammaire universelle.
Problème : cette dernière ressemble un peu à un serpent de mer. On est
incapable de la décrire de manière complète, ou même d’en dégager les
aspects fondamentaux.
La récursivité est-elle universelle ?
La plus médiatique de ces controverses linguistiques vient sans doute de la théorie de Daniel Everett, un ancien missionnaire qui longtemps vécu au contact d’une tribu amazonienne (y perdant la foi au passage), les Pirahãs,
dont la langue, très simple, semble contredire les affirmations de
Chomsky sur le langage. En effet, l’un des « universels » propres au
langage, selon ce dernier, serait la récursivité : autrement dit il
serait possible de créer des phrases en théorie infiniment longues, en
utilisant notamment les conjonctions telles que « et », « qui », etc. Si
je dis, « Hélène prend le sel », je peux allonger la phrase en disant :
« Hélène, qui n’aime pas la nourriture trop fade, prend le sel ».
Puis : « J’ai dit qu’Hélène, qui n’aime pas la nourriture trop fade,
prend le sel », etc. Une chose, affirme Everett, que le pirahã ne permet
pas (A noter toutefois que certains chercheurs
affirment tout de même avoir trouvé des traces de récursivité dans la
langue pirahã. La querelle n’est donc pas close !). Le pirahã
possèderait d’autres caractéristiques exceptionnelles, comme l’absence
de système numérique ou de noms précis pour les couleurs. Pour Everett,
cela pointe vers une relation forte entre la culture et le langage. Les
Pirahãs vivraient dans le moment présent, et ne s’embarrasseraient pas
de concepts et de structures syntaxiques inutiles pour eux.
Dans le documentaire « la grammaire du bonheur » (disponible en 5 parties sur YouTube),
Everett raconte l’opposition violente qu’il a rencontrée auprès de la
communauté des linguistes, certains l’accusant de mener des « recherches
racistes ». Pourquoi cette accusation ? Parce qu’il est vrai qu’au
cours des siècles précédents, nombreux sont ceux qui affirmaient
volontiers que les différences entre les langues pouvaient être
considérées comme la preuve de la « supériorité » de certaines cultures
sur d’autres. Mais c’est faire un faux procès à Everett, ou même
d’ailleurs à son « ancêtre » Whorf, puisqu’il ne s’agit pas pour eux
d’établir une hiérarchie quelconque entre les cultures, mais au
contraire de montrer que chacune d’entre elles est susceptible de
traduire une vision du monde intéressante et respectable.
Pour Steels, ces expérimentations suggèrent elles aussi une origine culturelle et non génétique des langues :
« Il y a beaucoup de linguistes, Chomsky par exemple, qui
croient que la pensée est arrivée en premier et que le langage est un
moyen d’extérioriser cette dernière. Mais je pense que ce n’est pas
exact, qu’il s’agit d’un processus de coévolution. Si je veux cette
bouteille, il y a une pensée, un désir, donc quelque chose se passe dans
le cerveau. Mais c’est alors qu’intervient le langage, qui aide à
réfléchir, à former de nouvelles pensées. Le langage est donc un
important moyen pour forcer l’autre à adopter certaines significations.
Si je demande la bouteille rouge et que vous me donnez la bleue et que
je vous dis « Ce n’est pas celle-là », je vous encourage à faire une
distinction de couleur entre le rouge et le bleu. Et je dis «encourager»
parce qu’il y a des cultures qui n’utilisent pas les couleurs au sens
propre du terme. Elles peuvent utiliser la luminosité, ou utiliser des
mots qui signifient quelque chose de plus diffus, comme «c’est vivant».
Donc je pense qu’on a affaire à une coévolution, dans le sens où le
langage force l’autre à adopter et à partager des catégories, qui sont
les matériaux de construction de la pensée. Et une fois que vous
possédez une syntaxe et une grammaire, vous pouvez commencer à formuler
et communiquer des pensées plus complexes. »
La double vie de Noam Chomsky
En fait, on peut définir les théories de Chomsky comme une sorte de
platonisme ou de cartésianisme : le langage est pour lui dépourvu de
tout lien possible avec les sciences sociales ou l’anthropologie, c’est
une pure structure mathématique et logique. Comme le dit un autre de ses
adversaires, Georges Lakoff, dans une interview pour Edge, Chomsky « considère
que la syntaxe est indépendante de la signification, du contexte, des
connaissances accumulées, de la mémoire, des processus cognitifs, de
l’intention de communiquer et de quoi que ce soit en rapport avec le
corps ». En fait, pour Chomsky, les choses vont encore plus loin :
selon lui le langage ne serait pas à l’origine un processus de
communication, mais un moyen d’organiser ses pensées. Et ce serait une
chose trop complexe pour avoir évolué via la sélection naturelle. Le
langage ne pourrait être que le produit d’une mutation brutale (d’autres
chercheurs, comme Steven Pinker cherchent aujourd’hui à combiner les thèses de Chomsky avec la théorie de la sélection naturelle).
La linguistique chomskienne est donc à l’opposé des recherches sur « l’esprit incarné »
menées actuellement en sciences cognitives (et dont les expériences
avec les robots de Steels ou Oudeyer sont un exemple). Mais pourquoi un
tel goût pour l’abstraction ?
C’est la question que pose l’anthropologue Chris Knight dans son récent ouvrage Decoding Chomsky.
Selon lui, cela peut être compris lorsqu’on examine la double carrière
du célèbre linguiste : d’un côté auteur des théories sur la nature du
langage, d’un autre activiste de gauche aux opinions souvent extrêmes.
A noter que Knight et Chomsky sont en fait plutôt du même bord politique. Knight s’est même fait virer de son poste universitaire
pour avoir organisé un meeting alternatif à la tenue du G20 de Londres,
en opposition avec sa hiérarchie. Une péripétie que Chomsky n’a jamais
connue au MIT, comme le rappelle ironiquement le site Brooklyn Rail.
Et c’est peut-être là qu’est le problème, continue Knight. Chomsky
l’anarchiste travaillait au sein d’une institution, le MIT, financé
essentiellement par l’armée. Comment concilier son activité
professionnelle et son militantisme ? Il était important de séparer les
deux radicalement, de faire de la linguistique une recherche « neutre »,
comme l’explique le New Scientist :
« Chomsky a construit un modèle idéalisé de langage,
dépouillé de son tissu social et retiré des mains des anthropologues qui
avaient traditionnellement fourni les données linguistiques. «Si le
langage pouvait être réduit à une pure forme mathématique – dépourvue de
signification humaine – son étude pourrait être poursuivie sans
passion», observe Knight, «comme un physicien pourrait étudier un flocon
de neige ou un astronome une étoile éloignée». »
Que Knight ait raison ou tort, cela montre que la linguistique est
très loin aujourd’hui d’être une science neutre, séparée des passions
sociales et politiques.
Le film de Denis Villeneuve, Premier Contact, inspiré d’une nouvelle de Ted Chiang, « Histoire de ta vie » (que l’on trouve dans le recueil La tour de Babylone),
renoue avec la tradition de la science-fiction spéculative reposant sur
les idées plutôt que sur l’aventure et les effets spéciaux. La vraie
SF, quoi !
En fait, le langage fascine depuis longtemps les auteurs de récits d’anticipation. Dans son célèbre roman Le Monde des non-A, A.E Van Vogt se fait le champion de la sémantique générale d’Alfred Korzybski, pour qui la façon dont nous organisons notre langage influence profondément notre approche de l’environnement. Dans son récit Demain les chiens, Clifford D.Simak
imagine le « juwainisme », une méthode linguistique grâce à laquelle
chacun peut pénétrer profondément les points de vue d’autrui, abolissant
par là-même toutes les sources de conflit. Ou encore, dans Les Langages de Pao, Jack Vance
invente une société transformée par une multiplication de nouveaux
langages, chacun adapté spécifiquement à un corps professionnel. Et
comment ne pas mentionner 1984 et sa « novlangue » ?
Le retour de l’hypothèse Sapir-Whorf
Dans
la nouvelle de Chiang et dans le film dérivé, les extraterrestres
utilisent un double système linguistique : l’un oral, « l’heptapode A »,
suit un ordre linéaire, la parole se déroulant forcément dans le temps.
Mais, l’autre, leur langage écrit, l’heptapode B, est tout différent.
Il repose sur un ensemble de concepts présentés simultanément, sur une
forme circulaire. Comme le dit l’héroïne, Louise Banks, dans l’histoire
de Chiang : « Mon esprit campait sur la symétrie inhérente des sémagrammes,
lesquels me semblaient plus qu’un langage : des mandalas. Ainsi je
méditais sur le caractère interchangeable des prémisses et des
conclusions. Il n’y avait pas de direction implicite à l’articulation
des propositions, de « cheminement » précis ; tous les éléments d’un
raisonnement étaient aussi puissants, tous possédant la même
importance. » La raison de cette simultanéité est la conception du
temps propre aux heptapodes (du nom des extra-terrestres, des
céphalopodes appelés heptapodes à cause de leurs sept membres
flexibles), pour lesquels la notion de temps, et notamment celle de
cause à effet, est très différente de la nôtre. Au fur et à mesure que
l’héroïne apprend à écrire l’heptapode B, sa conception de la réalité
bascule…
Premier Contact repose donc sur l’idée que la langue que
nous parlons (ou, dans ce cas, écrivons) a un impact réel et profond sur
notre compréhension du monde. Pensons-nous vraiment comme nous
parlons ? Ou le langage ne sert-il qu’à interpréter une pensée qui
existe avant même sa formulation en mots ? Et les différentes langues
humaines véhiculent-elles différents types de cognition ? Le débat n’est
pas neuf. Mais il a pris une tournure particulière au XXe siècle, avec
ce qu’on appelle l’hypothèse Sapir-Whorf. Edward Sapir
était un anthropologue et linguiste américain qui a inspiré l’idée
selon laquelle le langage était une construction culturelle, qui non
seulement reflétait, mais également conditionnait notre rapport au
monde. Toutefois, c’est surtout Benjamin Lee Whorf,
qui, au cours de sa courte vie (il est mort à 44 ans), tenta
d’accumuler les preuves de cette théorie, en se basant notamment sur les
langues amérindiennes, notamment le Hopi. Il affirmait que ces derniers
avaient une conception différente du temps et que la notion de passé,
présent et futur au sens où nous les concevons leur était étrangère –
comme pour les heptapodes !
Dans les années qui suivirent, l’hypothèse a été rejetée. Parfois violemment. Comme le soulignent Dedre Gentner et Susan Goldin-Meadow, en introduction de leur ouvrage Language in Mind : « Depuis
deux décennies, l’hypothèse selon laquelle le langage peut influencer
la pensée – généralement connue sous le nom d’hypothèse whorfienne – a
connu un grave discrédit. Admettre toute sympathie ou même de la
curiosité pour le sujet équivalait à passer pour un simplet – ou un
cinglé ». En linguistique, aujourd’hui, c’est plutôt la thèse de Noam Chomsky
qui prévaut. Notre faculté linguistique serait câblée dans le cerveau,
et les différents idiomes existant sur la planète seraient des
variations d’une grammaire universelle, elle aussi d’origine
fondamentalement biologique. Impossible donc qu’une culture soit
influencée par la langue parlée.
Depuis quelques années, le pendule tend à pencher dans l’autre sens.
Les théories de Chomsky sont de plus en plus violemment contestées, et
on découvre qu’au moins sur certains aspects, comme la perception des couleurs,
les idées de Whorf semblent confirmées, du moins de manières limitées.
Il semble bien aussi que l’usage d’une langue plutôt qu’une autre tende à
modifier certains aspects de notre personnalité. Pour exemple les études effectuées par Susan Ervin-Tripp,
qui étudia les réponses à des questionnaires adressés à des bilingues
anglo-japonais. Il s’agissait de compléter des phrases telles que : « les véritables amis devraient… ». Les sujets répondaient « être francs » quand le questionnaire était en anglais, et « s’aider mutuellement » lorsque ce dernier était en japonais. Lors d’une autre autre étude menée par Viorica Marian et Margarita Kaushanskaya, à l’Université Northwestern, on a demandé à des sino-américains de donner l’exemple « d’une statue avec le bras levé, regardant l’horizon ».
Lorsque l’entretien était mené en anglais, ils citaient la statue de la
Liberté. Quand ils devaient répondre en chinois, ils optaient pour la
statue de Mao.
Le langage influence-t-il la pensée ?
Le linguiste Guy Deutscher, dans son livre Through the language glass, suggère de remplacer l’hypothèse Sapir-Whorf par ce qu’il nomme le principe de Boas–Jakobson,
moins limitant que l’hypothèse Sapir-Whorf. Cette dernière insistait en
effet sur l’idée que les locuteurs d’un idiome donné seraient
incapables de comprendre certains types de concepts. L’idée de Deutscher
est, qu’au contraire, certains langages insistent sur des points
spécifiques en obligeant leurs locuteurs à exprimer ce que d’autres
passent sous silence. Cela peut leur donner une perception accrue de
certains phénomènes. Mais ils ne sont pas pour autant limités
cognitivement de façon définitive. En apprenant une langue
supplémentaire, ils se révèlent tout à fait capables d’employer de
nouveaux concepts. Pour exemple, les usagers des langues dites
« allocentrées ». Celles-ci ne disposent pas de coordonnées spatiales
relatives, telles que devant, derrière, à gauche, à droite. Elles
expriment uniquement les coordonnées absolues, tels le Nord, l’Est
l’Ouest et le Sud. Cela donne des conversations intéressantes, comme
celle qu’a eue cet anthropologue cité par Deutscher, auquel un aborigène
conseilla de « regarder la grosse fourmi au Nord de son pied ».
Selon Deutscher, les membres des populations utilisant ce genre de
langage sont capables de se repérer plus aisément où qu’ils soient :
dans le noir, dans une grande ville, ils savent spontanément où est le
Nord. Sont-ils pour autant incapables de comprendre les concepts de
gauche ou de droite, d’avant et d’arrière ? Pas du tout. Il leur suffit
de les apprendre, par exemple si on leur enseigne le français ou
l’anglais, et ils les manieront aussi bien que nous.
Big Think nous présente à ce sujet les travaux de la psychologue et neuroscientifique Lera Boroditsky tel qu’elle les a exposés dans une longue interview pour Edge.
Jusqu’où, s’est-elle demandé, cette vision allocentrée de l’espace
possède-t-elle un impact sur d’autres représentations, notamment celle
du temps ? Pour savoir cela, elle a élaboré une expérience avec des
aborigènes australiens, les Kuuk Thaayorre, un de ces peuples disposant
justement d’une langue « allocentrée ». Elle a montré à ses sujets une
série de photos à placer dans l’ordre chronologique : comme un homme
passant par les âges de la vie. Les Kuuk Thaayorre ordonnèrent les
images de l’Est vers l’Ouest. Autrement dit, précise Big Think,
les images allaient de la gauche à la droite s’ils faisaient face au
Sud, et l’inverse s’ils regardaient le Nord. Cela laisse à penser que
leur vision du temps est également liée à leur conception de l’espace.
Dans Edge, elle revient sur l’influence que peuvent avoir
les « structures de la métaphore » sur notre approche des choses. Par
exemple, dit-elle, les Anglo-Saxons (et aussi, les Français) ont
tendance à utiliser une référence à la longueur pour définir le temps,
tandis que les Grecs et les Espagnols y voient plutôt de la quantité.
Ainsi nous disons : un discours très long, ou un laps de temps très
court, alors que les Espagnols et les Grecs préfèrent utiliser les
adjectifs, « petit » et « grand ». Cela a-t-il des conséquences sur la
perception ? Apparemment oui. Si on présente à un Anglo-Saxon (ou sans
doute un Français) une ligne longue sur écran, il aura tendance à penser
qu’elle restera plus longtemps affichée qu’une autre, plus courte.
Tandis qu’un Grec ou un Espagnol croira plutôt qu’un grand récipient
restera visible plus longtemps qu’un autre plus petit.
Au-delà de ces expériences diverses, c’est aussi au plan théorique
que l’idée d’une grammaire universelle est mise en cause. Et cela
relance, une fois de plus l’éternel débat entre nature et culture…
Pourquoi se lancer dans l’entreprise folle de créer une langue de
toute pièce ? Cet étrange passe-temps peut avoir des motivations
philosophiques, voire politiques (comme ce fut le cas avec l’espéranto)…
mais depuis l’avènement de la fantasy, des jeux de rôles, ce peut être
aussi une pure activité ludique. Récemment, avec le succès de films et
séries télévisées comme Game of Thrones ou Premier Contact, c’est même devenu un job assez lucratif !
David Peterson (@dedalvs, Wikipédia) est l’une des figures les plus en vue de cette communauté de créateurs de « conlangs », (pour constructed languages) comme on les appelle. Il est le créateur du Dothraki et du Haut Valyrien pour Game of Thrones (signalons que Le Dothraki facile, guide de conversation, vient de paraître en français). Dans son livre The art of language invention,
il donne les clés de son travail, mais se penche également, dès
l’introduction, sur l’histoire de la communauté des « conlangers » et
notamment sur le rôle d’internet dans sa genèse.
Le rôle des communautés en ligne
Bien
entendu, J.R.R Tolkien, l’inventeur du conlang moderne, vivait bien
avant la naissance du Réseau. Mais son travail restait peu connu et
marginal. Outre Tolkien, il existe quelques autres exemples de conlangs
élaborés lors des années pré-internet comme le klingon, créé au début
des années 80 par le linguiste Marc Okrand dans le cadre du film Star Trek 3 : à la recherche de Spock.
Mais jusqu’à récemment, la plupart des oeuvres de fantasy ou de SF se
contentaient d’aligner des borborygmes sans structure et les faire
passer pour un langage. Peterson cite à ce sujet l’exemple du dialogue
entre Leia et Jabba dans le retour du Jedi : »Yaté. Yaté. Yotó », ce qui signifie, selon les sous-titres : « Je suis venue pour la prime sur ce wookie ». Ce à quoi Jabba lui répond qu’il sera prêt à lui en donner 25000 unités. Leia lui répond alors : « Yotó, Yotó », soit à peu près la même chose que précédemment, mais cette fois pour lui signifier « 50 000, pas moins« . Et la conversation de se continuer à coup de Yaté, yotó…
Les choses commencent à évoluer vers 1974, avec la série Land of the lost et la création d’une langue originale, le paku, imaginé par une linguiste de l’UCLA, Victoria Fromkin, qui devint ainsi la première « conlangueuse » rémunérée pour ce travail !
Mais c’est l’internet qui allait donner le coup d’envoi à l’essor du
conlang : en 1991 la première mailing-list Conlang listserv, est mise en
place pour réunir des adeptes qui se sont rencontrés auparavant sur
Usenet. Comme l’explique Peterson : « Bien que les membres de la
liste originale ne l’aient probablement pas réalisé à l’époque, la
fondation de Conlang Listserv (…) a été un événement important dans
l’histoire de la création de langage (…). Il n’y avait jamais eu
auparavant dans l’histoire un lieu où des créateurs de langues pouvaient
discuter de leurs stratégies. Pour la première fois, ceux-ci pouvaient
comparer leur travail à autre chose que les langues de Tolkien ou
l’espéranto et ses nombreux imitateurs. »
Pour la nouvelle génération de conlangers, dont Peterson faisait
partie, cette nouvelle communauté changea complètement la nature de
l’activité de création. Jusqu’à la naissance de la mailing-list, en
effet, chacun travaillait dans son coin en ignorant totalement le
travail des autres.
« Imaginez : quel artiste ne regarde jamais que ses propres
peintures ? Quel musicien n’écoute jamais que la musique qu’il a
composée ? Pourtant, c’était précisément ce que faisaient les conlangers
avant 1991. Certains avaient entendu parler de l’espéranto, de Tolkien
ou du klingon, mais une majorité croyait être les premiers à créer une
langue. Par exemple, je pensais être le premier à imaginer une langue à
des fins autres que la communication internationale – et c’était en
2000″.
Attention aux erreurs !
Si le Réseau a contribué à l’essor de la création de conlangs,
Peterson insiste aussi sur un autre rôle joué par les réseaux sociaux :
la montée de l’exigence du public. Pourquoi en effet se payer le luxe de
créer des dialectes sophistiqués pour les employer dans des séries
comme Game of Thrones ? Ça coûte du temps et de l’argent, et après tout Leia s’en sortait très bien avec ses yaté yotó, non ?
Le plus drôle c’est que même les commanditaires semblent avoir du mal
à comprendre l’importance de la tâche, ainsi que le raconte Peterson à
propos d’une séquence de Game of Thrones. En effet, lors du
premier épisode de la série, lorsqu’est prononcée la première phrase en
Dothraki, Peterson a constaté une terrible erreur ! Alors que le
personnage aurait dû dire « Athchomar chomakea », c’est-à-dire
« bienvenue » adressé à plusieurs personnes, il a dit : « Athchomar
chomakaan », c’est-à-dire « bienvenue » si on s’adresse à une seule
personne. Devant la mine déconfite de Peterson, David Beniof, l’un des
deux showrunners de la série le consola en lui disant : « si un acteur fait une erreur, qui le saura, à part vous ? ».
Mais pour Peterson, justement, cela n’est pas dit. Tout d’abord, la
façon dont nous consommons des médias a changé. On peut regarder une
série deux, trois quatre fois ou plus ; des inconsistances non
repérables au premier abord peuvent alors apparaître. Ensuite, internet
constitue une formidable caisse de résonance.
« Si les acteurs parlant Dothraki, Haut Valyrien, Castithan ou
autre, font une erreur, qui le saurait à part le créateur ? Qui s’en
soucie ? La vérité est probablement qu’une personne sur mille le
remarquera, et parmi celles-ci, peut-être un quart s’en préoccupera.
Dans les années 1980, cela ne représentait rien. Dans le nouveau
millénaire, cependant, un quart des 0,001 % peut constituer une minorité
importante sur Twitter. Ou sur Tumblr. Ou Facebook. Ou Reddit. »
Et d’enfoncer le clou :
« L’un des aspects les plus significatifs de notre nouveau monde
interconnecté est qu’internet peut amplifier une voix minoritaire de
façon exponentielle. Oui, peu de gens, comparativement parlant, se
soucieraient si un acteur commet une erreur lors d’une réplique en
conlang. Mais grâce à internet, ces quelques personnes se rencontreront,
et quand elles le feront, elles seront capables de faire un bruit
énorme. »
Qui possède un langage ?
L’histoire des langages artificiels présente une autre problématique
qui nous fait penser à l’internet : celui du rôle de la collaboration,
de l’oeuvre collective et les problèmes de propriétés intellectuelles
qui y sont inévitablement associés. Et ces questions datent, dans ce
domaine, déjà d’un bon siècle. Ainsi, avant l’espéranto, il y avait le volapük,
créé en 1879 par Johann Schleyer, un prêtre, qui en aurait eu l’idée
lors d’une vision divine dans son sommeil. Le volapük connut un grand
succès alors que l’espéranto n’en était qu’à ses débuts. Mais tout se
gâta lorsque des utilisateurs, commençant à voir des limites à la
création originale, demandèrent à Schleyer d’effectuer des
modifications, ce qu’il refusa. Les choses empirèrent lorsque l’académie
Volapük dénia à Schleyer le droit de refuser les évolutions du langage.
Au final, le volapük se divisa en une série de « dialectes » chacun
présentant sa propre version des améliorations. Au contraire, le
créateur de l’espéranto, Ludwik Lejzer Zamenhof,
offrit son langage à la communauté des utilisateurs, qui par consensus
évita la dislocation qui a marqué la disparition du volapük.
Retour au XXe siècle avec l’invention du loglan,
le « langage logique » sur lequel James Cook Brown travailla dès 1955
(mais il n’en publia le manuel qu’en 1975) dans le but de tester la
valeur de l’hypothèse Sapir-Whorf.
Lui aussi voulut conserver les droits sur son idiome, ce qui amena les
utilisateurs à en créer une version « open source », le lojban.
Le dernier incident est tout récent et concerne l’un des plus fameux
conlangs, le klingon. Or la marque Star Trek est détenue par Paramount,
qui s’est montrée très soucieuse de faire respecter sa propriété dans
tous les aspects liés à cet univers. En 2014, Alec Peters réalisa, après
un financement sur Kickstarter, un film « alternatif » de Star Trek, Prelude To Axanar,
ce qui entraîna un procès de la part de Paramount, qui accusa les
créateurs du film d’atteinte au copyright sur différents domaines, comme
les oreilles pointues des vulcains, le logo de la Fédération… et le
klingon.
Dernier point sur lequel la création de conlang me paraît liée à la
culture internet, c’est qu’il s’agit au fond d’une application de
l’esprit du DIY. Lorsqu’on lit le livre de Peterson sur l’invention des
langages, on découvre qu’il s’agit tout simplement d’un manuel de
linguistique, mais présenté de façon ludique et amusante. Cela me semble
tout à fait le genre de production que pourrait apprécier un « hacker
du langage », soucieux d’apprendre le domaine comme le ferait adepte de
la DIYbiology pour le vivant, ou un « maker » pour les objets.
Traditionnellement la grammaire est un domaine plutôt austère. Vous
souvenez-vous des cours à l’école, ou pire, lorsqu’il a fallu vous
pencher sur ceux de vos enfants – parce qu’entre votre scolarité et la
leur, toute la nomenclature avait changé, évidemment ? La pratique du
conlang me paraît un moyen idéal de pénétrer un univers qui jusqu’ici
évoquait souvent l’ennui, pour en faire un hobby passionnant.
Il existe donc plusieurs manières d’aborder la création de langues
artificielles : le dothraki, le klingon, l’elfique sont des « artlangs »
nous dit Peterson, autrement dit des conlangs élaborés à des fins
artistiques. Il y a aussi, bien sûr les langues internationales, comme
le volapük et l’espéranto…
Mais on peut aussi se livrer à cette activité pour des raisons
philosophiques, voire métaphysiques. Et historiquement, cela a été le
cas des premiers conlangs…
Avant l’ère moderne, les langues artificielles appartenaient au
domaine du sacré : autrement dit, elles étaient révélées lors de visions
(ou plus exactement d’auditions). La première du genre est sans doute
la Lingua Ignota (« le langage inconnu ») reçue par Hildegard von Bingen,
cette prodigieuse abbesse du Moyen-Age, connue pour ses compétences en
botanique et ses compositions musicales. Mais sa lingua ignota, nous
explique Peterson, reste avant tout un vocabulaire, une liste de mots :
elle ne comporte pas de grammaire spécifique ou originale.
Un autre langage « mystique » bien connu des occultistes est le langage angélique ou énochien, reçu par John Dee
ou plutôt par son médium, Edward Kelly, à la fin du XVIe siècle. Il
s’agit d’un peu plus qu’un glossaire, puisqu’il possède une grammaire et
qu’il existe certains textes rédigés en cette langue. Pourtant, pour le
le linguiste Donald Laycock,
qui étudia le premier cet idiome, il n’a pas la complexité d’un vrai
langage et reste très inspiré de l’anglais dans ses structures
syntaxiques. A cause de l’énochien, on a attribué à Dee et Kelly la
paternité du mystérieux manuscrit Voynich,
rédigé en une langue et un alphabet inconnus. Une hypothèse aujourd’hui
abandonnée, les théories penchant actuellement pour une origine
italienne.
Un autre exemple, beaucoup plus tardif, est celui de Hélène Smith
qui sous transe, affirmait s’exprimer en martien. Mais là encore, on a
constaté qu’il n’y avait pas d’exotisme grammatical : le « martien »
utilise la grammaire du français.
Cette manière de recevoir en transe des mots ou des phrases d’une
langue inconnue est classique en histoire des religions, c’est le fameux
phénomène de la glossolalie. Les papyrus grecs magiques
datant de l’antiquité tardive contiennent un certain nombre de « mots
barbares » dont l’origine est inconnue et dont on ignore s’il s’agit de
pur charabia, de mots déformés d’une langue existante, ou d’un code.
Les langues « philosophiques »
Mais
après la Renaissance on voit apparaître une nouvelle sorte de langages
artificiels. Ce sont les « langues philosophiques » qui prétendent
refonder notre capacité à exprimer le réel. La plus connue d’entre elles
est probablement celle publiée par John Wilkins en 1668 – à noter que Neal Stephenson traite largement du langage philosophique de Wilkins, dans le premier volume de son "cycle baroque" … hélas non traduit.
Wilkins exposa son projet dans un monumental essai de 600 pages, An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language, que les plus courageux pourront télécharger sur archive.org. Comme nous explique Jorge Luis Borges dans l’article qu’il a consacré à Wilkins (disponible ici, mais uniquement en anglais, et publié en français dans le livre Enquêtes) : « Il
divisa l’univers en quarante catégories ou genres, ces derniers étant à
leur tour subdivisés en différences, elles-mêmes subdivisées en
espèces. Il a assigné à chaque genre un monosyllabe de deux lettres ; à
chaque différence, une consonne ; à chaque espèce, une voyelle. Par
exemple : De, qui signifie un élément ; Deb, le premier des éléments, le feu ; Deba, une partie de l’élément feu, une flamme. »
Dans son livre In the land of invented languages, Arika Okrent nous raconte son expérience avec le système de Wilkins : « La
majeure partie des six cents pages de description de la langue de John
Wilkins est occupée par une catégorisation hiérarchique de tout ce qui
existe dans l’univers. Tout ? Lorsque je me suis assise pour affronter
son An Essay towards a Real Character, and a Philosophical Language,
j’ai fait ce que n’importe quel spécialiste en linguistique raisonnable
et mature doit faire. J’ai essayé de rechercher le mot «merde». »
Opération réussie pour l’intrépide linguiste, qui a découvert que cela peut se dire Cepuhws. Ce signifie le mouvementent, p la purge, uhw, les « parties grossières », et s marque l’opposition (au vomissement, dans ce cas).
Évidemment, tout cela implique non pas une « rationalisation » du
langage, mais une bonne dose d’arbitraire. Les catégories sont créées
par Wilkins lui-même et reflètent son propre esprit (et celui de son
époque). Par exemple, les animaux sont catégorisés par la forme de leur
tête. C’est d’ailleurs dans l’article que Borges lui consacre qu’on
trouve sa fameuse citation d’une « encyclopédie chinoise » (fictive ?)
proposant la classification suivante des animaux :
« a) appartenant à l’Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d)
cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h)
inclus dans la présente classification, i) qui s’agitent comme des fous,
j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de
chameau, l) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de
loin semblent à des mouches ».
L’espoir d’une langue universelle relatant exactement la pensée n’est
pas mort avec Wilkins. Par bien des côtés, on retrouve cela chez
Leibniz. Et de nos jours, une telle ambition peut se retrouver avec des
« langages logiques » comme le loglan ou le lojban, mentionnés dans
notre article précédent.
Il existe un wiki en français particulièrement complet sur le lojban.
Pour s’initier, le plus simple est de se rendre sur l’introduction au
lojban proposée sur la page d’accueil. On y apprend ainsi que les verbes
sont la base du langage. On crée les noms en rajoutant une préposition à
partir du verbe. Par exemple, prami veut dire « aimer », et lo prami signifie « un amoureux ».
De même, les verbes ne se conjuguent pas, tout se règle là encore à coup de prépositions.
On aurait tort, nous disent les aficionados du lojban, de croire que
sous prétexte que celui-ci est un langage logique, qu’il s’agirait d’un
mode d’expression austère qui rend difficile l’expression d’émotions. Au
contraire, le lojban permettrait d’exprimer des subtilités auxquelles
nos langues communes n’offrent pas d’accès aisé. Par exemple .iu signifie amour, .ui le bonheur et nai, la négation. .iu.uinai exprime en un seul mot « Je vis un amour malheureux », comme nous l’explique la Wikipédia (bien complète aussi sur le lojban). Attention, .iu et .ui ne sont pas des noms, mais une forme grammaticale typique du lojban, les « indicateurs d’attitudes ».
Et revoilà les extra-terrestres
Reste la question du langage alien, à mi-chemin entre les langages philosophiques et les « artlangs » de la science-fiction.
Une première tentative, datant de 1960, de créer un langage
susceptible de permettre la communication avec des extraterrestres via
la logique, le lincos, a été présenté dans l’ouvrage de Hans Freudenthal, Lincos : Design of a Language for Cosmic Intercourse, Part 1
(il n’y a jamais eu de partie 2). Bien que le lincos repose sur la
logique, comme le loglan, il lui est donc antérieur de quelques années,
et surtout son ambition est tout à fait différente. Alors que Brown
cherchait à élaborer un test de l’hypothèse Sapir-Whorf, Freudenthal
expose lui un système de communication universelle susceptible de mettre
en contact des espèces issues de mondes différents. En assumant bien
sûr que la logique est un universel !
Dans ce domaine, les « logogrammes » du film Premier contact de Denis Villeneuve
sont certainement un cas d’école. Il s’agissait de créer un système
d’écriture non linéaire, les extraterrestres du film n’ayant pas la même
notion du temps que nous.
Patrice Vermette, le designer du film, a créé à peu près une centaine
de ces « logogrammes » en se basant sur une inspiration que lui a
suggérée sa femme. Comme nous l’explique Wired : « Un
seul logogramme peut exprimer une pensée simple («Salut») ou complexe
(«Salut Louise, je suis un étranger, mais je viens en paix»). La
différence réside dans la complexité de la forme. L’épaisseur d’un
logogramme porte également un sens : un trait d’encre plus épais peut
indiquer un sentiment d’urgence ; un plus mince suggère un ton plus
calme. Un petit crochet attaché à un symbole signifie une question. Le
système permet à chaque logogramme d’exprimer un ensemble d’idées sans
respecter les règles traditionnelles de syntaxe ou de séquence. »
Mais comment des êtres humains, face à un tel système, pourraient-ils
en comprendre la signification ? Contrairement à la plupart des
créateurs de conlangs, les concepteurs des logogrammes devaient imaginer
deux systèmes : le langage et le moyen de le décrypter. Pour imaginer
de façon réaliste comment les héros du film pourraient procéder à un tel
décodage les concepteurs du langage se tournèrent vers Stephen Wolfram.
Le créateur de Mathematica n’avait pas assez de temps à consacrer au
sujet, mais son fils Christopher se montra désireux de travailler sur
les logogrammes. Une partie du pseudo-code qu’il a réalisé se retrouve
dans le film, et une longue vidéo (2h en anglais) explique comment il s’y est pris…
Aujourd’hui, la mode n’est plus trop à la création de « langages
philosophiques », et ce sont les « artlangs » qui occupent désormais le
devant de la scène conlang. Après tout, c’est compréhensible : le lojban
n’a pas apporté de réponse à la question de l’hypothèse Sapir-Whorf et
les ambitions « messianiques » d’un système comme celui de Wilkins ont
très vite montré leurs limites. Pourtant même lorsqu’on crée un
« artlang » sans autre but que l’amusement ou la fiction, on se lance
déjà dans une entreprise philosophique. Comment représenter le monde
d’une manière différente de celles imposées par nos habitudes mentales ?
Les catégories que j’utilise pour décrire le monde sont-elles les
seules correctes ? Inventer un conlang ne changera pas le monde, c’est
sûr. Mais il peut permettre, modestement, d’ouvrir un peu plus
l’éventail des possibilités, aider à penser « hors de la boite »…